Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage...
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !
Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !
L'orthographe du mois d'août, quelle merveille !
Des douze mois de l'année il est le seul qui porte un chapeau.
Pour nous préserver du soleil, bien évidemment.
Chaque fois qu'une voix libre s'essaiera de dire, sans prétention, ce qu'elle pense, une armée de chiens de garde de tout poil et toute couleur aboiera furieusement pour couvrir son écho.
(J'ai volontairement respecté son texte)
Albert Camus