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1678/2019
Date : 23-06-2026 18:13:37
"Neuf heures, l’été, un jardin que le soir agrandit, le repos avant le sommeil. Des pas pressés écrasent le gravier, entre la terrasse et la pompe, entre la pompe et la cuisine. Assise près de terre sur un petit « banc de pied » meurtrissant, j’appuie ma tête, comme tous les soirs, contre les genoux de ma mère. Une main fine, dont je chéris les trois petits durillons qu’elle doit au râteau, au sécateur et au plantoir, lisse mes cheveux, pince mon oreille. Je ferme, sans dormir, mes yeux inutiles. La robe de toile que je presse de ma joue sent le gros savon, la cire dont on lustre les fers à repasser, et la violette. Si je m’écarte un peu de cette fraîche robe de jardinière, ma tête plonge tout de suite dans une zone de parfum qui nous baigne comme une onde sans plis : le tabac blanc ouvre à la nuit ses tubes étroits de parfum et ses corolles en étoile."
Colette, La Maison de Claudine 
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