Quand j'aurai du vent dans mon crâne
Quand j'aurai du vert sur mes osses
P'tête qu'on croira que je ricane
Mais ça sera une impression fosse
Car il me manquera
Mon élément plastique
Plastique tique tique
Qu'auront bouffé les rats
Ma paire de bidules
Mes mollets mes rotules
Mes cuisses et mon cule
Sur quoi je m'asseyois
Mes cheveux mes fistules
Mes jolis yeux cérules
Mes couvre-mandibules
Dont je vous pourléchois
Mon nez considérable
Mon coeur mon foie mon râble
Tous ces riens admirables
Qui m'ont fait apprécier
Des ducs et des duchesses
Des papes des papesses
Des abbés des ânesses
Et des gens du métier
Et puis je n'aurai plus
Ce phosphore un peu mou
Cerveau qui me servit
À me prévoir sans vie
Les osses tout verts, le crâne venteux
Ah comme j'ai mal de devenir vieux.
Boris Vian - Je voudrais pas crever
« On perd la plus grande partie de sa jeunesse à coups de maladresses. Il était évident qu'elle allait m'abandonner mon aimée tout à fait et bientôt. Je n'avais pas encore appris qu'il existe deux humanités très différentes, celles des riches et celles des pauvres. Il m'a fallu, comme à tant d'autres, vingt années et la guerre pour apprendre à me tenir dans ma catégorie, à demander le prix des choses et des êtres avant d'y toucher, et surtout avant d'y tenir. »
Louis-Ferdinand Céline - Voyage au bout de la nuit
On croit qu’il est facile
De ne rien faire du tout
Au fond c’est difficile
C’est difficile comme tout
Il faut passer le temps
C’est tout un travail
Il faut passer le temps
C’est un travail de titan
Du matin au soir
Je ne faisais rien
Rien
Ah! quelle drôle de chose
Du matin au soir
Du soir au matin
Je faisais la même chose
Rien
Je ne faisais rien
J’avais les moyens!
Ah, quelle triste histoire
J’aurais pu tout avoir
Oui, ce que j’aurais voulu
Si j’avais voulu
Je l’aurais eu
Mais je n’avais envie de rien
Rien ...